Comment améliorer la sécurité en parapente ?
Cela fait plus de 40 ans que je vole (depuis 1984 !) et observe le comportement des pilotes sur les sites du monde entier.
Pendant de longues années, j’ai contribué à l’élaboration des normes d’homologation comme représentant du fabricant japonais FALHAWK. J’ai également conçu et mis au point quelques modèles de parapente.
Je teste tous les parapentes qui me passent entre les mains par passion et pour bien les connaître afin de conseiller les clients d’ASAGIRI SA avant ma retraite (fin 2025) et pour écrire des articles sur mes tests (activité que je continue !).
J’effectue à chaque fois des fermetures. Je teste aussi la maniabilité, la stabilité en tangage en sortie de 360… Je connais bien l’évolution des performances, de la sécurité et aussi de la facilité.
Le parapente a tellement bien évolué que je suis choqué du nombre d’accidents qui arrivent encore. Ils sont pratiquement toujours causés par la faute du pilote. J’ai entamé une longue réflexion qui a mené à cet article.
En Suisse, il y a en moyenne environ 7 morts par année en parapente.
En 2024, avec une météo exécrable pour le vol libre et donc très peu de vols réalisés, il n’y a eu que 4 morts.
En 2025, 17 personnes sont mortes en parapente en Suisse, la plupart étaient de « vieux pilotes ».
Que peut-on en déduire ? Que peut-on faire pour améliorer la sécurité ?
Je propose de passer en revue les différentes étapes d’un vol en parapente et toute la panoplie des observations, décisions et réactions qui influencent notre sécurité.
Avant le décollage
Les questions importantes à se poser
Conditions météo ?
Est-ce une bonne journée pour aller voler ?
Les applications météo n’ont pas toujours raison !
Il faut privilégier l’observation réelle sur place et la prudence.
Les ennemis sont :
Le vent fort
- Quand le vent est fort, le décollage peut être difficile si on n’en a pas l’habitude. La technique « cobra » est vivement conseillée.
- Des rouleaux ou rotors se créent derrière tous les obstacles.
- On va pas facilement où on veut et si, par malheur, on fait un « retour à la pente », la vitesse du vent s’ajoute à la vitesse de vol, ce qui fait de gros dégâts.
Les orages
Quand la météo annonce des orages, il faut être prudent et bien observer l’évolution qui peut être rapide. Des orages « dans l’après-midi » peuvent survenir à 16 heures aussi bien qu’à 13 h 30 !
Suivant la configuration du site de vol, des orages peuvent très bien se préparer à l’abri de votre regard, dans la vallée d’à côté…
Le foehn
Par définition, le foehn est imprévisible. Cela ne sert donc à rien de passer 2 heures à observer son évolution !
Pour ma part, quand du foehn est annoncé, je renonce complètement à voler, car je ne veux pas jouer à la roulette russe !
Les pilotes qui sont déjà en l’air
Ce n’est pas parce qu’il y a des pilotes qui sont en l’air que c’est bon pour aller voler. Ils regrettent peut-être amèrement d’avoir décollé…
Cela donne tout de même une information sur les conditions, mais ce n’est pas très fiable, car le plus souvent, on ne veut voir que la confirmation de ce que l’on pense déjà !
Condition physique ?
Est-ce que je suis en forme ? Pas trop de stress ?
Me suis-je suffisamment hydraté ? J’emporte toujours au moins une bouteille d’eau d’un demi-litre. Une gourde souple ou une bouteille en plastique !
ATTENTION
Les gourdes en métal sont dangereuses: rangées dans la poche dorsale de la sellette, elles ont déjà causé de graves blessures lors d’atterrissages mal maitrisés !
Le choix du terrain de décollage
Les questions importantes à se poser
Est-ce qu’avec la force et la direction du vent, la distance d’envol est suffisante pour interrompre l’envol en cas de problème ?
Quand le vent n’est pas idéal, la course d’envol est bien plus longue… et on risque de vouloir s’élancer même si la voile ne nous porte pas bien !
Quand ce n’est pas trop bon, il faut mieux :
Le décollage.
Le problème
Peu de pilotes décollent sereins. La grande majorité est nerveuse, avec des gestes saccadés qui n’aident pas du tout à décoller en sécurité.
Souvent les pilotes font un grand « OUF ! » quand ils ont décollé !
Le but
Éviter la nervosité et la précipitation au décollage en s’assurant que le matériel est en ordre.
Avoir l’esprit calme pour profiter pleinement du vol et pour pouvoir exploiter une première ascendance dès les premières secondes.
Pour cela, il faut une gestuelle adaptée aux parapentes actuels !
En effet, ce n’était pas pareil, il y a 20 ou même 10 ans ! Les pilotes qui ont appris à voler il y a longtemps n’avaient pas du tout des parapentes identiques à ceux d’aujourd’hui. Ceux-ci sont meilleurs en tout (sécurité, facilité et performance), mais il faut adapter sa manière de décoller (et aussi de voler, voir plus bas).
Les solutions
Se préparer à part, car le regard des autres rend nerveux. On évite ainsi de gêner les autres. Quand tout est prêt, on se déplace sur la zone d’envol.
Effectuer des gonflages de contrôle et de mise en condition.
C’est la seule solution pour bien vérifier la voile et éviter les nœuds ou branches dans les suspentes. Cela permet aussi de tester la force du vent.
Faire plusieurs gonflages de contrôle est également très important pour se calmer, se « mettre dans l’ambiance », oublier les soucis et se mettre en confiance.
Être en symbiose avec son parapente et la nature est vital pour la phase importante du décollage.
IMPORTANT
Corrigez la voile par des mouvements amples.
Cela ne sert absolument à rien de faire de petits gestes nerveux !
Savoir faire un décollage face voile est un plus, mais si on n’est pas à l’aise avec cette technique, on peut décoller de façon classique, mais
après avoir fait quelques gonflages de contrôle !
Le timing en 3 phases !
Les différentes phases de préparation à l’envol ne se font pas à la même vitesse avec les parapentes d’aujourd’hui.
Une vraie « mise à jour » est indispensable !
Il ne sert vraiment à rien de partir trop rapidement, surtout si le parapente est une version légère. La « time line » est:
- gonfler lentement.
- stabiliser et observer les alentours.
- faire un « sprint » en chargeant la voile (en se penchant un peu en avant) !
Beaucoup trop de pilotes font tout à la même vitesse, ce qui rallonge la course d’envol et fragilise le parapente qui n’est pas bien chargé au moment de quitter le sol.
N’hésitez pas à suivre un cours avec des professionnels pour améliorer cette étape primordiale de notre sport !
En vol
Le problème
Le sentiment d’insécurité en vol est courant. On trouve que c’est turbulent, bizarre… On est inquiet, nerveux… et cela favorise des réactions inappropriées, surtout si l’on a appris le parapente il y a longtemps, sans avoir fait une vraie « mise à jour » depuis !
Le but
Profiter des conditions du jour avec l’esprit calme, sans stress,.
Pour être à l’aise, il faut être bien installé ! Et connaitre les bons comportements à adopter en cas de fermetures qui font partie intégrante de l’activité !
Les solutions
1 | Réglage de la sellette
Souvent les pilotes sont mal installés dans leur sellette. Dans les écoles, on s’assure que les boucles des sellettes des élèves sont bien fermées, mais c’est n’est pas suffisant du tout !
Le réglage de la sangle ventrale est important. Il est contrôlé lors de l’homologation du parapente, car il influence tous les comportements et la maniabilité. Un réglage trop large n’améliore pas la maniabilité. C’était le cas, il y a bien longtemps. Avec les parapentes récents, c’est même le contraire !
N’adoptez pas une position trop couchée.
Elle ne favorise pas l’efficacité du pilotage et la confiance en soi.
2 | Ne pas tendre un peu les freins
Ne rendez pas votre parapente instable en tangage en tirant constamment un peu sur les freins !
« Tendre les freins pour sentir la voile » est une formule obsolète encore bien trop courante.
Il faut freiner à plus de 10 % ou alors être bras hauts, sans frein du tout.
Tendre un peu les freins (moins de 10 %) rend la voile instable en tangage, ce qui provoque plus facilement des fermetures !
Cela casse l’effet reflex des jolis profils des magnifiques parapentes d’aujourd’hui. L’effet reflex fait « mordre » le parapente dans les turbulences et les thermiques sans le faire « plonger ».
La vraie raison du « tendre les freins pour sentir la voile » n’a jamais été d’éviter les fermetures, mais de savoir immédiatement quand on en subissait une !
Quand on ne sentait plus de poids dans un frein, c’était que la voile était fermée de ce côté et qu’il fallait contrer le plus rapidement possible avec l’autre frein pour éviter que la voile parte en « auto-rotation ». Il y bien longtemps, en l’absence de réaction du pilote, un parapente fermé entamait une spirale qui pouvait être fatale. Ce n’est plus le cas du tout.
Maintenant, avec des parapentes récents, c’est même le contraire qui se passe le plus souvent. Lors d’une fermeture, le pilote cause lui-même par son action inutile le décrochage du côté ouvert !
C’est ce que l’on appelle le surpilotage et vraiment trop bête…
Cela concerne tous les modèles récents, entretenus (calage !) et homologués EN-A, EN-B ou EN-C (j’hésite même à inclure les EN-D), mais pas les parapentes de compétition CCC qui sont bien délicats au point que l’emport de deux parachutes est vivement recommandé avec ces machines.
3 | Être à l’aise avec les fermetures !
Les fermetures font partie intégrante de l’activité. Il ne faut pas en avoir peur !
Depuis quelques années, cet incident de vol est exercé pendant la formation.
Il faut piloter actif pour mieux exploiter les ascendances, voler plus efficacement et plus confortablement + diminuer le risque de fermeture.
Le meilleur pilotage actif n’évite pas toutes les fermetures,
alors, apprenez à ne plus en voir peur et surtout à ne pas surpiloter !
Atterrissage
Le problème
On ne devrait pas faire « Ouf » quand on a atterri !
Il faut bien se préparer et s’adapter aux conditions.
Les solutions
1 | Décider assez tôt
Il faut décider assez tôt de sa façon d’aborder l’atterrissage.
Si on se rend compte que l’on n’arrivera pas au terrain habituel,
il faut choisir assez tôt un terrain d’atterrissage de secours.
Plus on attend et moins on aura de possibilités !
2 | Sens du vent
En l’absence de manche à air ou de fumées, un GPS est très utile pour indiquer le sens du vent avec la vitesse sol.
3 | Force du vent
Il faut adapter son approche à la force du vent. Ce qui signifie rester au vent du terrain si on estime que le vent peut être fort.
Voici une technique d’atterrissage pour
• diminuer les risques
• avoir plus de chance de faire la cible
4 | Être patient
Il est important de ne pas être pressé d’atterrir, que ce soit pour un atterrissage au sommet (top landing) ou pour atterrir sur un terrain officiel.
Il faut faire des S, des allers-retours en cherchant les zones plus calmes. La précipitation peut vous amener à arriver bien trop haut sur la zone d’atterrissage !
Et si vous arrivez trop haut, vous aurez tendance à vouloir freiner plus pour tout de même faire la cible… Un décrochage à quelques mètres du sol, c’est la catastrophe,
5 | Ce n’est pas grave d’être trop long
La plupart du temps, s’il n’y a pas de bâtiments, d’autoroute ou de lignes électriques,
ce n’est pas grave d’être trop long et d’atterrir dans le champ d’à côté.
Vous aurez juste à devoir dédommager le paysan propriétaire du terrain au lieu de décrocher à quelques mètres du sol de devoir subir des mois de réhabilitation pour des vertèbres fissurées.
6 | Freiner puissamment juste avant de toucher le sol !
Si le vent n’est pas très fort (voir point suivant)
n’ayez pas peur de freiner beaucoup pour casser la vitesse juste avant d’atterrir.
À 1 m sol, même si vous faites décrocher votre parapente, ce n’est pas un problème !
Avec de petits bras, c’est utile de faire « un tour de frein » au dernier moment pour pouvoir freiner plus.
Si vous avez trop de vitesse au moment de toucher le sol, faites un roulé-boulé ou levez les jambes pour arriver sur la protection! (Merci, Jérôme Canaud, pour le complément)
Ce n’est pas très élégant, mais cela peut sauver vos chevilles !
7 | Par vent fort, il ne faut pas freiner du tout
Votre vitesse sol est diminuée par le vent. Il n’est pas utile de la réduire encore plus en freinant.
Si vous freinez, vous allez être catapulté en arrière.
Quand un vent de plus de 25 km/h s’engouffre soudainement dans un parapente de 20 à 30 m2, ça déménage !
Il faut plutôt se retourner pour affaler la voile avec les arrières et prendre garde à ne pas se faire emporter par le vent.
Dégonflage « cobra »
Une meilleure technique est de faire descendre la voile de côté, en bord de fenêtre sur un stabilo, comme on le fait avec un kite, dans la zone de puissance minimale.
Pour ma part, c’est quand j’arrive à attraper un stabilo que je me sens en sécurité.
Conclusion
Le parapente est une magnifique activité qui mêle beaucoup de choses fluctuantes.
Les mises à jour doivent être faites souvent et rapidement, y compris les mises à jour du pilote lui-même, surtout s’il a appris le parapente il y a longtemps.
Cela peut se faire par des réflexions, des remises en cause et aussi par des cours de perfectionnement auprès de professionnels.
J’espère avoir contribué avec cet article (et ceux mis en lien) à améliorer votre sécurité.
Bons vols !
Eric Laforge, 29 mars 2026
Très bonne information. Tout est très vrai.
Pas beaucoup de pilotes sereins au décollage. C’est un point très important !
Si vous n’êtes pas serein, vous ne devriez pas voler.
Peut-être que tu dois faire un film à ce sujet et ne pas l’écrire !
Bruce Goldsmith
Concepteur d’ailes delta et de parapentes, champion du monde 2007, Bruce a travaillé pendant 20 ans pour AIRWAVE et quelques années pour ADVANCE. Il a fondé OZONE en 1999 et BGD en 2013. Bruce est également journaliste et écrivain.
Avis général et perso:
Je suis d’accord sur les points que tu abordes.
De mon côté, je vais de plus en plus sur les thèmes humains, non techniques :
- comment renoncer
- qu’est-ce qui m’empêche de renoncer
- dans quel état mental je suis quand je vais voler, décoller, quand je reste en l’air
- quels sont mes intentions, mes objectifs.
- quelle est ma motivation, est-ce qu’elle évolue dans le temps
- sur quoi je porte l’attention sur les différentes phases d’un vol
- comment je sais que je vole en sécurité
- comment je sais que j’ai eu du plaisir à voler.
- le débriefing
Ce sont ces thèmes qui me plaisent d’aborder en stage et, en plus de la technique, permettent au pilote de réfléchir sur sa pratique personnelle
Jérôme Canaud
WINGMASTER
eMasterclass Parapente, 100% online, 100% vidéo.
L’approche mentale est pour moi un facteur déterminant pour progresser en parapente, pour la sécurité et le plaisir de voler.
Jérôme Canaud
Je valide absolument tout ce que tu dis…
Ton article est fondé sur toutes les phases du vol et chaque phase est analysé avec des conseils de type trucs et astuces, comment faire?
Pour moi, ce qui manquerait, c’est le facteur humain comme d’habitude. On ne sait plus quoi dire à force sur le facteur humain. Oui, bien sûr! Il y a plein d’erreurs dans toutes les phases du vol, mais la plupart du temps, c’est aussi dû au pilote qui n’aurait pas dû décoller et qui a quand même décidé d’y aller pour 10000 raisons.
Et aussi, il y a tous ces gens qui sortent de l’école et qui volent tant bien que mal sous une aile EN-A. Et depuis ce moment-là, ils sont livrés à eux-mêmes… Ils ne font jamais de formation continue, peut-être un pauvre SIV une fois dans leur vie. Donc, toute leur formation est empirique et ne vaut pas grand-chose.
Greg Guhl
Greg travaille pour la FSVL (Fédération Suisse de Vol Libre), il est instructeur d’avion et d’ULM. Il est aussi importateur en Suisse des parapentes MAC PARA.
Autres commentaires
Marion
Bon article, je valide !!! 😇😇😇
Jean-Pierre
Bel article exhaustif sur ce vaste sujet 👍🏻
Je kiffe et surkiffe 👏🏻
Devrait faire partie du manuel de base de formation au parapente 😎
Philippe V
Wouawww quel job et en vrai c’est un monstre plaisir de lire tes articles car avec la disparition du regretté Parapente Mag, il est bon de retrouver les bases et aussi de modifier nos « habitudes » de vol pour s’adapter aux nouveaux matériels 😀 Alors surtout continue à garder ce feu sacré et à publier 🙏🙏🙏
Comme tu le dis si justement, nous avons trop perdu d’amis dans notre magnifique sport pour ne pas rester humble et en ayant l’honnêteté de respecter les basiques de ce sport…
Encore BRAVO 😀😀😃
Valérie
Très intéressant et complet je trouve.
Kalina
Très bon article bien joué💪🏻
Mario
Ton article est très bien, assez complet.
Bien sûr, on peut approfondir chaque chapitre, mais il faudrait écrire un livre pour cela.
Un élément m’a toujours semblé essentiel, c’est que chaque pilote devrait réussir à connaître le plus possible la masse d’air dans laquelle il va évoluer.
Et cette conscience englobe d’abord la situation météorologique générale mais aussi le lieu, le moment de la journée et la période de l’année.
Sans négliger le placement par rapport au relief.
En bref, savoir reconnaître les situations où on va prendre des risques d’après notre niveau de pilotage et notre expérience. Sans parler des situations où il est inconscient de se mettre en l’air !
Un commentaire d’Honorin Hamard m’avait fait plaisir, il a écrit un jour, après un vol, qu’il avait trouvé la masse d’air tellement turbulente qu’il avait décidé d’aller poser. C’était en plein été, période de canicule…il a voulu mettre en garde des risques de voler dans ces conditions dues sûrement au réchauffement climatique…
Philippe L
Bel article….
C’est vrai que de nos jours, on a tendance à faire les choses machinalement…..
On s’adapte à chaque nouvelle machine….
Belle réflexion👍
